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Prévenir l’absentéisme

Article rédigé en collaboration avec Denis Monneuse, Enseignant chercheur en sociologie, spécialiste de la santé au travail, auteur de nombreux ouvrages sur l’absentéisme, mai 2015.


Prévenir l’absentéisme de manière durable impose d’agir sur de nombreuses dimensions :

les conditions et l’organisation du travail, les pratiques managériales et la politique RH, l’équilibre entre la vie professionnelle et la vie personnelle, la prévention de l’usure professionnelle, la conciliation entre maladie chronique et travail, ou encore la promotion des bonnes pratiques de santé.

La mobilisation des acteurs concernés par ces différentes dimensions est un gage de réussite et d’efficacité.

"Dans un domaine comme l’absentéisme, l’efficacité des mesures de prévention de l’absence repose sur une appropriation par les acteurs des enjeux de santé et de performance soulevés par cette question."
Source : ANACT


Conseils pour mettre en place une démarche

Les conseils de Denis Monneuse pour réussir une démarche de prévention de l’absentéisme :

  • Réaliser le diagnostic

Dresser un état des lieux passe tout d’abord par un travail statistique précis en croisant les variables pour repérer les causes de l’absentéisme et les populations à risque. Des actions préventives spécifiques peuvent alors être menées : améliorer la conciliation travail/hors travail des jeunes parents, revoir le processus d’intégration des nouveaux embauchés, réduire la pénibilité de tel métier, travailler sur l’ergonomie de tel poste, etc.
Le diagnostic s’appuie aussi sur les baromètres sociaux et les enquêtes de santé ou de climat social réalisés par l’entreprise. Il provient également de l’expression de l’ensemble des acteurs concernés : professionnels de santé, managers, responsables RH, représentants du personnel…
L’appel à un tiers (cabinet de conseil, chercheur…) peut aider à l’expression de ces acteurs par la garantie de l’anonymat et, plus largement, aide l’entreprise à synthétiser l’ensemble des données quantitatives et qualitatives dont elle dispose.

  • Partager le diagnostic

Il est important que le diagnostic soit le résultat d’un dialogue et soit partagé avec le plus grand nombre. S’il est réalisé à huis clos et qu’aucun travail de sensibilisation à la question de l’absentéisme n’est effectué en amont, il y a peu de chance de parvenir ensuite à mobiliser les acteurs en interne pour mettre en place un plan d’actions. Le partage du diagnostic permet aussi d’éviter que l’absentéisme demeure un sujet tabou donc occulté.

  • Repérer les bonnes pratiques

Mesurer finement les arrêts de travail permet de repérer les sites, les équipes ainsi que les métiers moins touchés par ce phénomène. Il est alors utile d’observer les causes d’un faible absentéisme. De bonnes pratiques RH ou managériales peuvent être repérées puis transposées (en les adaptant à chaque situation) à l’ensemble de l’entreprise.
Il peut aussi être judicieux d’observer les situations où, au contraire, les arrêts de travail sont nombreux et/ou en augmentation. Cela permet d’identifier les effets pervers (style de management, organisation du travail, conditions de travail…) à amender ou à proscrire.

  • Faire de l’absentéisme un sujet quotidien

Une erreur classique consiste à s’intéresser aux arrêts de travail seulement une fois par an, lors de la publication du bilan social par exemple. La prévention passe par de multiples actions au quotidien : les entretiens de retour, les entretiens annuels d’évaluation, le maintien du contact avec les absents, la sensibilisation des managers et de l’ensemble des salariés au coût de l’absentéisme, l’aménagement des rythmes et des postes de travail, l’amélioration de la convivialité, etc.

L’absentéisme devrait être une préoccupation constante au sens où les managers et les responsables RH sont incités à se demander avant toute décision importante : quelle conséquence aura-t-elle sur le taux d’absentéisme ? Autrement dit, il s’agit de faire attention à ne pas être un "pompier pyromane".

  • Les questions à se poser avant d’agir

Avant de se lancer "tête baissée" dans l’élaboration d’un plan d’actions visant à réduire l’absentéisme, plusieurs questions doivent être prises en compte :

  • Faut-il lancer un plan spécifique contre l’absentéisme ou, plus globalement, un plan en faveur de la santé et de la qualité de vie au travail ?
  • Faut-il lancer un plan global contre l’absentéisme ou bien se centrer sur certains types d’absence ?
  • Faut-il lancer des actions au niveau central ou bien inciter chaque établissement à agir individuellement ?
  • Comment mobiliser l’ensemble des acteurs concernés ? Quels acteurs de terrain associer à l’élaboration et au suivi du plan d’actions ?
  • Comment communiquer sur les arrêts de travail sans stigmatiser ou culpabiliser les absents ?
  • Quel suivi mettre en place pour s’assurer que les mesures sont bien conduites sur le terrain et mesurer leurs effets ?

Il n’y a pas de réponse universelle à ces questions. Les réponses dépendent en grande partie du contexte de l’entreprise. Se les poser en amont de toute démarche visant à faire baisser l’absentéisme permet d’éviter de se contenter d’actions "coup de poing" et d’agir trop précipitamment, ce qui pourrait se révéler contre-productif.


Plan d’actions : combiner différents niveaux d’actions

Trois niveaux d’actions (primaire, secondaire et tertiaire) vont permettre d’agir de manière préventive, corrective ou face à une situation d’urgence.


1. Actions préventives à la source (prévention primaire)

"Les actions préventives nécessitent en amont une analyse approfondie des causes de l’absentéisme et ont pour objectif de lutter contre l’absentéisme à sa source."
Source : ARACT Ile de France

Exemples d’actions :

  • Amélioration durable des conditions de travail
  • Organisation du travail et des temps de travail
  • Règles d’affectation des postes, horaires et congés
  • Modes de management
  • Construction des collectifs de travail
  • Insertion et formation des entrants CDD
  • Solutions d’aide à la conciliation vie professionnelle et vie personnelle
  • Prévention des pathologies et de l’usure professionnelle
  • Parcours et développement des compétences
  • Promotion des bonnes pratiques d’hygiène de vie
Les atouts des actions préventives : l’amélioration durable des conditions de travail et de l’organisation.



2. Actions de prévention secondaire

"Les actions correctives vont permettre à l’entreprise de trouver des solutions rapides à des problématiques d’absentéisme avérées."
Source : ARACT Ile de France

Exemples d’actions :

  • Formation des managers à la détection des signaux faibles
  • Dépistage des facteurs de risque santé
  • Mise en place de réseaux de soutien interne
Les atouts des actions correctives : mise en place de moyens pour renforcer la capacité individuelle des salariés à faire face



3. Actions d’urgence (prévention tertiaire)

Exemples d’actions :

  • Préparation du retour du salarié après un arrêt (le service de santé au travail offre un service de visite de pré-reprise)
  • Entretiens de retour pour pallier la désocialisation professionnelle
  • Orientation vers une prise en charge médicale ou psychologique
  • Présentation du diagnostic d’absentéisme et rappel des règles
  • Incitations financières, primes et délais de carence
Les atouts des actions d’urgence : une réponse immédiate à un problème urgent.



Pour aller plus loin